Morucci Europe Blog


Par Emmanuel Morucci

Dans de précédentes chroniques je suis positionné sur ce qui me parait être trois grandes orientations nécessaires à la poursuite de la construction européenne et à la bonne compréhension, aux fins d’adhésion, des enjeux de son devenir pour les citoyens que nous sommes.

J’avais ainsi avancé quelques idées : 1) que la crise permettait d’avoir un autre regard sur l’Europe et son Union politique, 2) qu’un gouvernement économique supranational avait réellement son intérêt et 3) que les citoyens, au travers de leur expression, elle aussi supranationale, avaient à tenir leur rôle essentiel dans cette construction politique et territoriale, a condition, bien sûr qu’on leur donne les attributs de cette citoyenneté.

Cela veut dire qu’il faut en urgence se reposer la question du sens de la construction européenne. En effet, si en cette fin de cycle financier les effets techniques de la politique sont là et portent leurs fruits, l’affaire n’est pas gagnée. Et il ne faudra pas que les présidences prochaines et successives, notamment celles de la république tchèque puis celle de la Suède, lâchent du mou. Bien au contraire.

En tout cas on peut considérer que l’Union européenne a démontré cette capacité, quelle a toujours affirmé d’ailleurs au travers de ses traités constitutionnels ou de Lisbonne, à peser sur le reste du monde. L’obtention d’un sommet à New York avant la fin des présidences américaine et européenne souligne les contours d’une physiologie économique, politique et sociale différente de celle que l’on connaît aujourd’hui.

Mais la question technique est insuffisante. L’Europe a besoin de vibrer. Elle n’est pas seulement une union de peuple et de nation, elle est aussi porteuse d’un devenir dont les traités ont dessiné peu à peu les contours. Les valeurs de l’Union, les solidarités, les coopérations entre Etat membres et les formes qu’elles peuvent prendre, les compétences et les subsidiarités sont ainsi annoncées. Les citoyens comme les organisations doivent développer un sentiment d’appartenance comme, ils développent déjà des stratégies d’européanisation.

Mais il manque cruellement de ce système institutionnel capable de faire jouer à l’Union son rôle en termes de politique intérieure comme en termes de politiques étrangères. Il convient que les Européens se mettent au clair au sujet de la structure institutionnelle, garante des libertés et avec le contenu conceptuel de l’Union, seul susceptible de donner les directions à suivre. Les peuples et les Etats membres doivent en avoir pleine conscience. La ratification du traité de Lisbonne doit pouvoir intervenir dans les toutes prochaines semaines. Les Irlandais sont donc confronté à un choix d’orientation nationale sans doute complexe pour eux mais nécessaire à la suivie de l’Union. A moins qu’ils ne choisissent, comme le propose un ancien ministre britannique des Affaires européenne, de s’en éloigner momentanément afin de ne pas bloquer le processus de ratification qui doit aller à son terme.

Enfin, soyons honnêtes. S’il est demandé aux Irlandais de revoir leur position, il me parait juste que la même exigence soit destinée aux Français et aux Hollandais qui ont rejeté le traité constitutionnel.

En effet, si le traité de Lisbonne est nécessaire pour passer des étapes importantes comme celle de la majorité, la nomination d’une présidence de l’Union, celle d’un haut commissaire aux affaires étrangères, la validation d’un texte commun de valeur, simple et susceptible d’éclairer la conscience des Européens, l’est également.

Comment en effet, traiter des questions de sécurité, d’immigration, d’approvisionnent des énergies, de défense de l’Union, de ses opérations dans le monde, du développement durable, des politiques financières et monétaires si, au préalable nous ne sommes pas capable de donner sens, de manière commune, à cette construction plurinationale, collective et interculturelle.

Tweet about this on TwitterShare on Facebook0Share on Google+0Share on LinkedIn0
Author :
Print