Morucci Europe Blog

Par Emmanuel Morucci

Cela fait maintenant plusieurs décennies que l’on entend dire partout « qu’il faut rapprocher le citoyen des institutions européennes ». Depuis 1979, date de la première élection au suffrage universel des parlementaires européens, ces derniers affirment haut et fort que le parlement européen est le «creuset» de la démocratie de l’Union européenne. Pourtant, ces derniers restent, au bout du compte, très peu connu voire même inconnu des citoyens qu’ils sont [pourtant] censé représenter.

Même leur travail, important et essentiel dans notre modèle de société reste trop souvent en dehors des courroies de la transmission médiatique. D’ailleurs, comme ce fut le cas en 2004, avec moins de 43%, l’élection européenne est de toutes, celle qui attire le moins de d’électeur.

Il faut dire que jusqu’à présent, cette élection n’avait pas pour le public un enjeu politique véritablement perceptible. Le monde, n’allait pas s’arrêter de tourner si tel ou tel parti l’emportait et la France (mais chez les autres c’est pas mieux) de poursuivre son bonhomme de chemin franco-français au sein d’une Union «sans cesse plus étroite» mais qui n’arrive pas a s’affirmer comme elle n’arrive pas à tracer ses frontières ou afficher son identité.

Stratégiquement, la bonne vieille habitude était de caser les parlementaires battus et les anciens ministres. Certains opiniâtres et compétents ont creusé des sillons profonds dans l’hémicycle de Strasbourg., d’autres ont été jusqu’à oublier qu’ils devaient siéger.

Mais ce qui a manqué toutes ces années c’est le sens à donner à la construction européenne. La tendance était de mettre de côté les orientations et choix des fondateurs afin de laisser le «marché unique» se développer. La vision était libérale ou monétaire et non plus sociale ou communautaire et surtout pas politique. De même, il n’était plus de bon ton de parler aux citoyens de gouvernance, de fédéralisme ou de supranationalité. Les États-Unis d’Europe de la pensée européenne profonde chers à Hugo, Monnet ou Schuman n’étaient qu’une utopie inaccessible. Les États membres représentés au Conseil continuaient, quand à eux, de défendre leurs intérêts respectifs se plaçant dans l’esprit d’une compétition effrénée au détriment d’un choix essentiel commun, d’un sentiment d’appartenance à la dimension territoriale nouvelle, pourtant porteuse d’identité.

De leur côté les citoyens commençaient a dire leur européanité réclamant, selon les cultures et les vocables utilisés, « plus d’Europe », une « autre Europe », « une communauté de destin », lançant de temps a autres et à leur propre détriment une alerte aux représentants politiques. Le premier avertissement fût le refus du traité constitutionnel par une courte majorité de français, emmené par les socialistes fabiusiens et mélanchonistes associés dans une démarche ostensible avec les mouvements souverainistes. La seconde balle fut placée par les Irlandais. Comme les français et les Hollandais avant eux ils posent la question du sens de la construction européenne.

Dans les partis politiques, on a longtemps craint ou refusé de parler d’Europe. De peur sans doute que le fait d’en parler ferait perdre telle ou telle élections nationales ou locales. Avec la crise, et les initiatives prises timidement en partenariat avec les États membres on pouvait penser que l’idée européenne allait s’installer ans la perspective d’une participation citoyenne dans les stratégies de préparation des élections du 7 juin prochain.

Et bien non. A moins de 100 jours le paysage des européennes se dessine progressivement et on s’aperçoit avec tristesse (et même une certaine détresse) que la représentation citoyenne passe au second plan dans les perspectives des grands partis politiques français. S’il n’y a peu de surprises chez les Verts il apparaît que le PS qui a du mal a se remettre de sa grande fracture du référendum de 2005 n’arrive pas a colmater la fêlure. Plutôt que de se pencher sur le sens de la construction européenne et la recherche du bien commun, il s’est engagé, à nouveau, dans la représentation exclusive des courants dont il se soucie plus après le congrès faisant passer la structure partisane avant l’intérêt des citoyens et le devenir de l’Union. Même le Modem, dont la plupart des têtes de liste n’appartient pas au mouvement, a abandonné la citoyenneté et la représentativité de son électorat au profit de la mise en avant d’une certaine aristocratie parisienne éliminant de fait la représentation régionale et déniant ainsi toute idée de capacité à la province. L’un et l’autre de ces partis préfèrent le parachutage doré à l’expression de compétences localement identifiées et au soutien citoyen. Le parti majoritaire, l’UMP fait à peine mieux. Reste à voir comment il va construire ses listes après avoir annoncé il y a quelques semaines ses têtes d’affiche.

On peut raisonnablement penser au regard de leurs choix que pour ces formations ce n’est pas la finalité de l’Europe qui est première mais l’assurance d’un succès partisan minimal. Il leur faudra toutefois que l’orientation fondamentale qu’ils comptent donner à l’Europe s’exprime clairement dans le mois qui vient. Ensuite la campagne sera là pour la pédagogie des idées et pour convaincre. Faute de quoi, une fois encore, le rendez vous des politiques avec les citoyens de l’Union sera manqué.

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