Morucci Europe Blog

Chronique du 13 octobre 2009

Comment la religion peut elle influencer la production de la norme juridique ? C’est sur cette question que des chercheurs venus de 6 pays européens mais aussi venu d’Egypte et d’Israël, des universités de Tel Aviv ou du Caire. Ensembles, ils se sont penché à Rennes a l’occasion d’un important colloque sur le « droit, éthique et religion ». Le colloque organisé par l’Université de Rennes et le CNRS fut passionnant et riche de réflexion. La question bioéthique était le fil rouge de ces journées d’études et l’exemple marquant d’une époque ou civilisations et communications se croisent au quotidien. Ainsi, dans l’espace mondialisé qui est le nôtre, la confrontation des modes de production des normes, permet de saisir les nuances culturelles de problématiques partagées par de nombreux peuples.

La construction du droit, dans notre monde moderne mais c’était déjà le cas au Moyen Age, est à mettre en relations avec les religions tout comme avec les philosophies et qu’on ne peut les ignorer. C’est en tout cas ce qui ressort des différentes contributions présentées. En matière de fondation du droit c’est même une question centrale.

Bien sûr, juristes, sociologues et politologues ont posé avec justesse les distinctions que posent d’une part le Droit naturel d’ Hobbes ou Bentham qui s’oppose au droit positif, le droit divin de Thomas d’Aquin, celui de la raison d’Emmanuel Kant ou encore celui de la politique qui ne connait pas d’ordre supérieur. Un droit, intimement lié à la morale et seul capable d’organiser le vivre ensemble. Il est en ce sens le symbole des relations entre les hommes.

Dans notre société moderne, européenne et internationale l’éthique se substitue au terme de morale trop lié, selon les intervenants, à la religion. Tout au moins en ce qui concerne les religions de la vérité révélée : chrétienne, judaïque et musulmane. Et puis avec le terme morale la religion n’est pas séparée de la politique.

La difficulté pour les états, aujourd’hui en étroite interactions, est de faire coexister des morales différentes, des problématiques qui dépassent aujourd’hui les frontières géographiques et vont jusqu’à transcender les religions. C’est le cas, par exemple des questions bioéthiques. Sur de tels domaines, au moment où le politique connait une crise de légitimité, l’éthique, parce qu’elle fait sens, permet de réarticuler le monde mais ne peut prendre la place des religions.

Si l’éthique fonde le droit il est important pour comprendre la place de la morale et de la religion. L’éthique, en effet, repose sur toutes les morales y compris la science. Dans cette perspective, l’éthique contribue à redonner du sens au religieux et installe par ailleurs un large effet de laïcisation des relations sociales.

Mais sur des questions aussi complexes a cerner que la bioéthiques ou des règles matrimoniales et patrimoniales la technique scientifique ou juridique est insuffisante et largement inégale en fonction des cultures et des croyances. Des règles qui, si elles créent les normes, ne peuvent résoudre entièrement la question qui ne peut, de toute façon, satisfaire l’ensemble.

Ainsi, il n’est pas toujours facile, dans la conception d’un monde juridique, de distinguer le droit canonique tourné vers le sens de l’humain et du divin et le droit civil tourné uniquement vers l’humain. une lecture attentive des discours religieux pourrait alors devenir est alors un outil incontournable susceptible d’intensifier la démarche éthique.

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