Morucci Europe Blog


Les effets psychosociologiques des annonces faites par les agences de notation pèsent bien plus sur le moral des peuples que les gouvernants veulent bien le dire. Plusieurs sentiments se mêlent, le premier est ce degré d’incertitude qui envahit l’esprit. Le « qu’allons-nous devenir demain ? » . Les médias ajoutant à l’information économique et financière, qui en elle-même est à sa place dans le processus,

Une dramatisation qui obère la rationalité d’un jugement. Si l’on ajoute à cela le manque de connaissance du sujet, de la globalisation, des méandres de la finance internationale, le stress devient complet. La porte s’ouvre alors toute seule aux propos protectionnistes et aux comportements mettant en avant l’émotion plutôt que le rationnel.

Vient ensuite le sentiment de colère chez les peuples qui se sentent dépossédés de leur souveraineté. Et pour une fois la menace ne vient pas directement d’un autre Etat facilement identifiable mais par des structures associées au monde bancaire et dont l’immense majorité d’entre nous ignorait l’existence. Ces agences de notation sont apparues presque du jour au lendemain et ont donné l’impression de commencer un travail de sape des Etats membres de l’Union européenne. A commencer par les plus fragiles, ceux que les Allemands appellent les pays du Club Med.

L’impuissance apparente des chefs d’Etats et de gouvernement augmente le sentiment d’incertitude et donc d’insécurité. D’autant que les cultures nationales n’appréhendent pas le problème de la dette de la même manière. Nous assistons alors à une double incompréhension chez les citoyens de l’Union d’autant que la structure institutionnelle de l’UE et tout particulièrement dans son rapport à la Banque centrale ne laisse pas de marge de manœuvre au politique.

Mais la question économique et tout particulièrement celle de l’emploi et donc de la croissance s’ajoute aux menaces formulées par les agences de dégrader les triples A de la France, de l’Allemagne, le la Grande Bretagne. Premier effet visible les Britanniques se sont clairement désolidarisés de leur propre appartenance à l’UE. D’autres au contraire, comme la Pologne, ont affirmé avec force leur engagement européen. Les discours du premier ministre et du ministre des affaires étrangères en donnent des indications précises. C’est ce contre feu que l’Union attend, une solidarité de fait certes mais sans faille.

Du point de vue psychosociologique, le signe le plus important serait maintenant qu’un pays comme la Pologne entre dans la monnaie unique et en entraîne d’autres vers l’écriture d’un nouveau traité dont les termes seraient ceux d’une gouvernance forte en matière d’économie mais aussi en matière sociale. Ce serait bon pour le moral des peuples et des gouvernants.

De leur côté les agences de notation doivent s’interroger sur ce qu’elles provoquent. Sans doute pas innocemment. Mais le jeu est dangereux car il peut mener au mieux à de l’indignation au pire à un « printemps » mondial. Elles en porteraient alors avec le système bancaire l’entière responsabilité et ce n’est pas sûr qu’elles en sortent gagnantes.

Emmanuel Morucci

 

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