Morucci Europe Blog

Le fédéralisme ne serait-il pas une véritable épine dans le pied du Royaume-Uni? Le nouveau gouvernement conservateur issu des élections générales britanniques va devoir faire face à de nombreux défis. Mais deux sujets éclipsent tous les autres. Je pense d’une part à la redéfinition de la position du Royaume-Uni dans l’Union européenne et d’autre part à la position de l’Écosse dans le Royaume-Uni. Ces deux questions vont profondément influencer l’avenir du Royaume-Uni, son rôle dans le monde et peut-être même sa propre existence. En tout cas, sous la forme que nous lui connaissons aujourd’hui.

Le fédéralisme en est la cause. Un vrai paradoxe. Si souvent mal compris des Britanniques (comme des Français d’ailleurs) le fédéralisme est désormais au coeur de ces deux questions politiques centrales.

Parlons de l’Europe d’abord. Même s’il en a été peu question, l’UE a été au coeur de la campagne électorale. Notamment parce que le Premier ministre Cameron a promis d’organiser un référendum en 2017. Ce qui va hanter son nouveau mandat législatif et sa gouvernance. Il faut bien dire que sa politique européenne est pleine de contradictions. Il veut renégocier les traités de l’UE mais il appelle en même temps à un référendum sur l’adhésion du Royaume-Uni tout en se prenant une marge de temps puisque il le veut seulement en 2017.

Ce qui est compliqué, pour lui comme pour les Européens, c’est que le Premier ministre ne présente pas clairement ses exigences à l’UE et aux autres pays membres. Ces derniers, il faut bien le dire, ne s’emballent pas à l’idée d’une révision en profondeur des traités. Ils se préoccupent plutôt de leur achèvement. De plus il leur paraît difficile de suivre le projet de Cameron au moment même où en France, pays fondateur, se dérouleront les élections présidentielles. Enfin pourquoi attendre 2017 ? Il serait plus simple que ce référendum se déroule prochainement sur des critères clairement énoncés dans la poursuite des élections législatives. Ainsi les Britanniques décideront de leur devenir dans l’UE, et de leur côté les Européens décideront de leur orientation. En clair on pense aujourd’hui à Bruxelles que le Brexit est inévitable.

Mais au final cela peut être un bien. L’annonce du référendum remet en selle cette idée d’un rapprochement plus étroit entre les pays membres de la zone euro et, ainsi, aller (peut être) vers la constitution d’un état fédéral de plein droit. La rumeur circule à Bruxelles tout comme à Paris, Berlin et Rome. C’est en fait une vision plus claire du type de régime politique nécessaire à la zone euro et même un besoin.

C’est une orientation plus claire pour les citoyens qui ont du mal a se retrouver dans le projet européen actuel et les dirigeants européens qui cherchent à donner du souffle a l’Europe et voient ainsi comment coopérer avec un Cameron une fois le referendum réalisé.

En outre cela pourrait faciliter l’adhésion du Royaume-Uni à un statut allégé de l’UE. Un peu comme pour la Norvège. De son côté la zone euro pourrait engager son processus d’intégration fédérale.

Mais au delà de l’Europe, le fédéralisme est peut être aussi la réponse à la redéfinition de la place de l’Ecosse dans le Royaume-Uni. Après la victoire écrasante du Parti national écossais, il permettrait à Londres d’accéder aux demandes des Ecossais pour plus d’autonomie et d’auto-gouvernance.

Au bout du compte on pourrait avoir, et ce serait une curiosité, un Royaume-uni fédéral non favorable au fédéralisme européen mais partenaire d’une zone euro elle aussi fédérale, intégrant l’Ecosse en tant que nation. Une épine dans le pied de Cameron en quelque sorte.

Emmanuel Morucci

 

 

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