Morucci Europe Blog

Chronique RCF 29 du 24 septembre 2015

7008_1L’affaire Volkswagen puisqu’il s’agit bien d’une affaire peut, on l’imagine, avoir des répercussions bien au-delà du domaine de l’industrie automobile. Le monde de la politique comme celui des relations internationales entre l’Union européenne et ses partenaires peut s’en trouver aussi malmené. Ce n’est donc pas seulement une question commerciale ou économique à laquelle sont confrontés les Allemands et plus largement les pays européens. C’est un ensemble de questions qui se trouvent posées tant dans les champs de la fiabilité que de l’éthique ou des pratiques managériales des grandes entreprises mondiales. De même, la politique étrangère de l’Union européenne n’avait pas besoin de cette fraude au moment où se négocie le traité d’échanges économiques transatlantique. Volkswagen, grande entreprise historique allemande a toujours donné l’image de la fiabilité, de la sécurité, de la solidité et les représentations que l’on s’en fait étaient de cette nature. On aurait pu acheter un véhicule d’une marque du groupe presque les yeux fermés. La notion de valeur de l’entreprise était un élément de communication tout comme la culture d’entreprise, bien souvent prise en exemple et reproduite. D’ailleurs Volkswagen, c’était aussi une école de management. Les questions d’interculturalité, par exemple, y étaient traitées et pouvaient servir de modèle à nombre de professeurs de management et de gestion des équipes professionnelles internationales. Cette dimension se trouve ébranlée comme l’est celle du projet éthique de l’entreprise. Les trois formes d’éthiques sont atteintes. Tout d’abord, l’éthique organisationnelle, celle de la firme et de ses laboratoires de recherche. On sait désormais que la triche était érigée en pratique habituelle avec l’idée du contournement des lois, règles et normes de certains pays clients, voire même de nos propres normes européennes. L’éthique professionnelle ensuite ; comment se sentir à l’aise lorsque l’on sait que l’on a mis en place un dispositif illégal ? Cela pose aussi la question de savoir jusqu’où un employé doit obéir à un ordre. Enfin, l’éthique personnelle ; celle du dirigeant qui a donné l’ordre avec cette question du respect de son client mais aussi de sa capacité à diriger des hommes et des femmes dans l’atteinte d’un objectif commun. La politique n’est pas à l’abri non plus dans cette affaire. Les dirigeants des pays doivent s’interroger. Pourquoi mettre en oeuvre des normes que l’on sait difficilement atteignables? On l’a vu dans l’agriculture, on le voit aujourd’hui dans l’industrie automobile. Ce faisant, elles amènent les industriels à rechercher les meilleurs moyens de se positionner sur un marché. Et demain, à quoi s’expose-t-on ? L’Union européenne ne sort pas gagnante de ce fiasco. C’est l’image même de l’Europe et des Européens qui en sort ternie. En même temps cela met à jour des pratiques et des acceptations qui doivent interroger ceux qui critiquent les pratiques américaines. Je pense, en particulier, à ceux qui s’opposent au traité transatlantique et qui nous bassinent depuis des mois sur les méthodes et normes des Américains qui devraient, selon eux et si le traité était signé, mettre l’Europe et les Européens en grande difficulté. Il va leur falloir revoir leur position car pour l’instant ceux qui ont fraudé et donnent un vilaine image de marque, ce sont bien les Européens.

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