Morucci Europe Blog

L’Europe désolidarisée

Chronique du jeudi 23 octobre 2015

Spectacle de désolation que celui que nous montrent les chaines de télévisions européennes. Cette longue file interminable de réfugiés traversant le petit pays Slovène. Dans l’ordre et les pieds dans la boue. Comment a-t-on pu en arriver là ? Les fermetures des frontières entre pays européens montrent désormais les limites de ce qu’est notre Union européenne. En tout cas dans sa forme actuelle. Elle ne peut, en tant que telle, agir et/ou intervenir. Et c’est là aussi un spectacle de désolation. Comment les Européens en sont-ils arrivés là ? Comment ont-ils pu laisser échapper à leurs instituions la capacité de décider alors que les traités, celui de Maastricht et celui de Lisbonne sont dans le domaine de la politique étrangère clairs ? Les relations internationales, la politique étrangère, sont du ressort de l’Union européenne, de la vice-présidente du Conseil européen et de la Commission, la haute Représentante aux Affaires européennes. j’ai nommé Madame Frederica Mogherini.

Pourquoi alors les États membres continuent-ils à gérer les relations internationales et souvent parlent au nom de l’Union européenne ? Pourquoi François Hollande pour la France et Angela Merkel pour l’Allemagne ? On l’a vu encore cette semaine lors de son voyage en Turquie où elle s’avance sur les projets européens avec la Turquie.

La repose est simple : les États membres veulent se garder la politique étrangère. Oui mais voilà : hors de la France et de l’Allemagne, il n’y a manifestement pas de salut. Les autres pays doivent plier le cou et baisser la tête. Pologne, Italie, Royaume-uni, Espagne, Lettonie ne l’entendent pas de cette oreille. Au final pas d’accords, pas de vision commune, de décision, et chaque pays fait ce qui lui paraît être le mieux pour lui.

Une autre raison est que le président polonais du Conseil européen n’a pas voix au chapitre et le leadership de l’UE a du mal à se positionner entre le président du Conseil et celui de la Commission. Ce dernier installe peu à peu sa présence médiatique mais n’apparaît pas encore comme étant le chef d’un gouvernement européen. C’est une question de stature et de leadership apparent.

La question syrienne, les questions euro-méditerrannéennes ne trouvent pas leurs solutions car l’Union européenne manque et nous en avons la preuve de véritable gouvernance notamment sur les questions régaliennes.

Et c’est cela aussi le spectacle de désolation que présentent nos gouvernants européens qui n’ont pas pris la mesure des réalités de notre monde et de notre époque.

Aujourd’hui, on nous annonce, pêle-mêle et dans la précipitation, la création possible de gardefrontières et de garde-côtes européens. Le PPE (équivalent du l’UMP en France) valide, au Parlement européen, l’idée d’une armée européenne. Mais personne n’est en mesure de dire qui va gérer ces ensembles complexes. Ce qu’il faut c’est bien une administration européenne pour gérer ces entités. Cela ne peut raisonnablement se faire dans un cadre intergouvernemental. Si cela fonctionnait on le saurait depuis longtemps. Il convient donc de poser la question de la gestion supranationale des moyens de défense et de sécurité commune.

L’Europe est au bout d’un chemin. Il lui faut maintenant changer de braquet : aller plus loin et s’organiser en conséquence. D’abord, les citoyens européens ont besoin de voir du concret, de voir du drapeau européen sur les mers et théâtres internationaux.

Dans l’immédiat, une bonne chose aurait été de répondre à la demande de la Slovénie et d’envoyer des hommes, des gendarmes français, belges, par exemple, pour appuyer la petite armée de 150 hommes de ce pays de 2 millions d’habitants en plus d’une aide humanitaire d’urgence273333_100000125021080_2064340023_n. Mais cela c’est juste mon avis.

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