Morucci Europe Blog

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par Emmanuel Morucci
Peut-on sortir indemne du sommet des Chefs d’états et de gouvernement des 28 pays membres qui s’est tenu ce lundi à Bruxelles? Sans doute pas. Pas sûr, en effet, que les citoyens européens s’y retrouvent. Encore moins certain que ces derniers augmentent leur degré de confiance dans le projet européen. J’utilise volontiers le mot de confiance dans son acception principale “avec foi” du latin confidentia. Je veux dire par là que cette confiance dans les valeurs européennes, affirmées avec force dès le début de la construction européenne, semblent partir en fumée au profit d’une négociation de marchands de tapis de mauvaise qualité : “Je te donne cela si tu m’accordes telle autre chose”.

C’est oublier que l’on parle de personnes humaines, de gens qui souffrent, qui quittent leur pays pour tenter de sauver leur peau, leurs enfants. Quelle est la valeur d’une personne ? Quel prix peut-on y mettre ? Bientôt, à en croire les échanges entre États de l’UE et Turquie, on va établir un tarif : un pour le réfugié entré illégalement, et un autre pour celui qui aura l’autorisation d’entrée. Un système de vases communicants en quelque sorte.
C’est oublier aussi que l’Europe est peuplée d’Européens qui portent un espoir dans une construction fiable de l’UE et qui s’attendent à un avenir apaisé dans une Europe de paix et de prospérité. Une Europe dont les valeurs fondamentales sont inscrites dans les préambules de tous les traités et que les dirigeants européens feraient bien de relire.

Parlant de valeurs de l’Europe, on ne peut que s’étonner du manque de constance et de capacité à défendre les intérêts communs de l’Union de la part des Chefs d’états et de gouvernement. Outres les intérêts propres à chaque nation, il semble, et c’est le sentiment que l’on a, que la règle de fonctionnement communément admise entre dirigeants européens est de céder au chantage ; ainsi, après celui du Brexit des Britanniques (qui n’aboutit à rien de concret), voici maintenant celui d’un impétrant, la Turquie. Pays qui, par ses actuels choix politiques et de gouvernance, avec des atteintes graves aux libertés individuelles et aux règles premières de l’humanité, ne peut entrer dans le concert des Etats-membres et n’a surtout rien à faire dans l’UE.

Dans ces conditions, on peut raisonnablement s’inquiéter du devenir de l’UE. En cédant au chantage, l’Europe idéale, voulue par les Pères fondateurs et par nos prédécesseurs, adossée à ses racines historiques, est agonisante. Le système est à bout de souffle.
En fait, l’Europe se porte mal depuis que la France et les Pays-Bas ont rejeté le traité constitutionnel. Ce texte, le seul un peu concret pour les citoyens, prévoyait une structure et un cadre pour l’UE. En échange on a récupéré un succédané minimal avec le traité de Lisbonne qui aujourd’hui, on le voit, est largement détourné par le Conseil européen à son profit.
Malheureusement il n’y avait pas de plan B.

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