Morucci Europe Blog

En entrant en vigueur ce 1er décembre, le traité de Lisbonne vient effacer les années d’échec et de doutes cristallisés par le rejet du traité constitutionnel. L’Europe peut enfin reprendre son souffle et regarder vers l’avenir. Outre les modifications institutionnelles essentiellement marquées par la nomination du président du conseil et d’une ministre des Affaires étrangères, l’Union va pouvoir et devoir consolider son socle de valeurs et repenser son contenu conceptuel intérieur et vis-à-vis du reste du monde.

Trois champs sont à travailler en priorité : le nécessaire sentiment d’appartenance que chacun doit porter à la dimension identitaire qu’est l’Europe, la citoyenneté et son exercice dans le cadre des droits attribués aux ressortissants et des devoirs jusqu’ici attachés à la nationalité et enfin la démocratie en tant qu’outil participatif et délibératif à la prise de décision individuelle et collective.

L’Union n’est pas qu’un marché bien que celui soit unique et installe les perspectives d’un territoire résolument unifié et au sein duquel doit se dévoiler l’unicité de son caractère démocratique. C’est un espace de liberté qui doit défendre la nécessaire place première des hommes et des femmes bien avant d’être reconnu comme région mondialisée économique et marchande.

Sur ce territoire le débat politique doit être de mise dans une vision communautaire et internationale. L’étape nouvelle qui s’ouvre aux Européens est celle de la connaissance des femmes et hommes politiques des pays membres, des partis et de leurs programmes et propositions. Nous sommes à l’époque de la prise en compte commune et non plus seulement nationale des grands choix européens. Copenhague en est un exemple. Le processus de Bologne qui unifie les diplômes universitaires et d’enseignement supérieur en est un autre. Ce même processus qui amène, par exemple et c’est significatif, les grandes écoles militaires à former leurs futurs officiers dans la perspective d’une vision partagée du monde.

Ainsi, c’est certainement un élément fondamental du traité de Lisbonne, passer de la règle de l’unanimité vers celle de la majorité est une étape dans la définition des processus décisionnels de l’Union. Sans doute sommes-nous loin de la constitution d’un gouvernement économique, sans doute sommes-nous éloignés d’une gestion commune de la zone euro et, par les 27, de la monnaie unique mais le fait d’avoir nommé un président du Conseil et surtout un haut représentant aux affaires étrangères devrait consolider dans les esprits l’inéluctable construction commune. Plus personne aujourd’hui en doute. Et c’est sûrement un succès du traité de Lisbonne, même les eurosceptiques élaborent leurs programmes politiques en fonction d’un environnement européen.

Reste que l’idée d’une Europe parlant d’une seule et même voix n’est pas encore bien installée dans les consciences, ni en interne ni à l’extérieur car le président américain Obama, s’il dispose maintenant d’un numéro de téléphone s’adresse toujours individuellement aux Etats membres de l’Union européenne. En matière de choix stratégiques en Afghanistan, la réponse ne peut aujourd’hui qu’être européenne.

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